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Jean-Antoine Chaptal, Discours prononcé à la séance publique de l’École de Santé de Montpellier 1796


SÉANCE PUBLIQUE
DE L’ÉCOLE DE SANTÉ
DE MONTPELLIER.
Du premier Brumaire, an V.


L’École de Santé, par délibération du 22 vendémiaire dernier, ayant déterminé qu’il seroit donné connoissance aux Élèves, dans une séance publique, le premier brumaire, du résultat des examens qui ont eu lieu dans le courant de thermidor dernier, en exécution de l’arrêté du Comité d’instruction publique du 18 ventôse, an 3, et du jugement des Professeurs sur la nouvelle classification des Élèves, le citoyen Piron, secrétaire, a d’abord fait lecture du rapport que l’École avoit mis sous les yeux du Ministre de l’Intérieur, le troisième jour complémentaire de l’an IV.

Il en résulte que sur cent cinquante-six Élèves salariés par la Nation, l’École n’en avoit à l’époque de l’examen que cent cinquante-un ; les cinq autres avoient donné leur démission.

La première classe étoit composée de sept Élèves ; la seconde, de dix-neuf, et la troisième, de cent vingt-cinq.

Deux Élèves ont été jugés dignes de passer de la troisième classe à la première ; seize de la seconde ont passé à la première, et soixante-trois ont monté de la troisième à la seconde.

Neuf Élèves de la troisième classe n’ayant donné aucune preuve d’instruction ni d’application, l’École a cru devoir s’en rapporter à la sagesse du Ministre de l’Intérieur pour savoir s’ils doivent être conservés dans leurs places, en les maintenant dans la troisième classe, ou s’il convient de les faire remplacer par des sujets plus instruits ou mieux disposés.

Il s’est aussi trouvé neuf Élèves qui n’avoient pas encore pu se présenter à l’examen, pour des raisons que l’École a jugées légitimes ; parmi lesquels on a distingué le citoyen Guerin, qui s’étoit rendu à Avignon pour le concours de la place de Professeur d’histoire naturelle dans l’École centrale du département de Vaucluse, à laquelle il a été nommé à l’unanimité des suffrages.

Quant aux sept Élèves restans, les uns ayant abandonné leur poste sans en avoir obtenu la permission ; les autres, quoiqu’absens par congé, ne s’étant pas rendus à l’époque qui leur avoit été assignée, n’ayant pas même répondu à l’invitation qui leur a été faite au nom de l’École, par le citoyen René, Directeur, de venir reprendre leur poste ; l’École a jugé devoir les dénoncer au Ministre de l’Intérieur, pour savoir si on doit leur appliquer l’article II de l’Arrêté du Comité d’Instruction publique, du 18 ventôse, an 3, portant que les Élèves qui se seront soustraits à l’examen, seront remplacés.

Après quoi le citoyen Chaptal, Président de l’École, a dit :


Citoyens élèves,

Aujourd’hui commence la troisième année de vos études. Elle offre des ressources à ceux qui ont montré peu de zèle à remplir leur devoir ; elle présente des moyens de se perfectionner, à tous ceux qui ont la douce satisfaction de mesurer la carrière qu’ils viennent de parcourir, sans éprouver des regrets.

Que celui d’entre vous qui seroit assez mal organisé pour ne pas sentir tressaillir son cœur et ranimer son courage à l’ouverture de cette enceinte, se retire : il cessera de tromper la Nation, qui l’a honoré de son choix, et d’abuser de ses concitoyens qui lui ont accordé leur confiance ; il pourra rester un homme nul, mais il cessera d’être vil. Ce n’est donc plus à celui-là que l’École s’adresse, assez d’autres vont recueillir les leçons que je vais leur donner en son nom.

La connoissance de l’homme est le but de toutes vos études : mais pour acquérir cette connoissance pleine et entière, il faut oser envisager l’homme sous tous ses rapports ; il faut tout rapporter à lui pour tout en déduire ; en un mot, le considérer comme le principal organe dans le système de l’univers.

Celui-là ne sera jamais Médecin qui isole le corps humain pour mieux en étudier les fonctions : lorsqu’il croira connoître l’homme, il n’en connoîtra que le cadavre. Et les beaux rapports de l’homme avec tout ce qui l’entoure, cette action et cette réaction réciproques entre lui et les autres corps, ce grand système de mouvement qui fait de tous les êtres les différens organes d’un grand tout, seront perdus pour lui.

Sans doute, pour aspirer à connoître l’homme, il faut commencer par en étudier la structure : mais la connoissance des organes ne présente encore que les matériaux grossiers des fonctions ; et l’anatomiste, purement nomenclateur, n’est pas plus instruit sur la physique du corps humain que l’individu qui connoitroit parfaitement les noms, la demeure et la profession des habitans de toute la cité, ne l’est lui-même sur le caractère et la pensée de chacun en particulier.

Les connoissances anatomiques ne sont que préparatoires : elles forment la première assise d’un édifice dont